Conclusion

 

            Le temps qui s'Žcoule de 1945 ˆ 2002 peut tre dŽcomposŽ en pŽriodes de nature diffŽrente selon les critres de rŽfŽrence: dŽmographique, Žconomique, historique, sociologique. Certains  de ces critres peuvent tre concomitants ou dŽphasŽs, imprimant leur marque sur les rŽsultats Žlectoraux.

 

1 - Critre dŽmographique :

 

  De 1945 ˆ 1967 la moyenne annuelle des naissances et des dŽcs est de 49,83. Ce bilan quasi nul ne permet pas d'expliquer l'accroissement lent mais rŽgulier des inscrits sur les listes Žlectorales (35,2 par an) sinon par une immigration extŽrieure comprenant soit de personnes totalement Žtrangres au dŽpartement (Laboratoire Arago par exemple) ou d'origines banyulencques par leur relation familiale (retour au pays lors de leur retraite). Cette situation s'accentue encore par la suite avec 47,5 inscrits de plus en moyenne par an de 1967 ˆ 1989, alors qu'il n'y a que 35 naissances pour 80 dŽcs par an au cours de la mme pŽriode.

  Compte tenu du dŽcalage entre les naissances et l'‰ge du vote (21 ans jusqu'en 1974 et 18 ans aprs cette date), on peut estimer que la gŽnŽration d'aprs-guerre (baby-boom des annŽes 50) n'appara”tra lors des Žlections qu'aprs l'annŽe 1967.  Ceux de la mme gŽnŽration mais nŽs juste avant ou pendant la guerre voteront ˆ partir de 1956, et celle de la pŽriode post-68 ne votera qu'ˆ partir de 1986.

En 1971, 47 % des inscrits ont ŽtŽ renouvelŽs et 88,19 % en 1988.

A partir des annŽes 1960 jusqu'ˆ 2002 on constate essentiellement trois gŽnŽrations de votants; la premire (G1) Žtant en voie d'extinction et la cinquime (G5)  encore peu reprŽsentŽe.

La seconde (G2) correspond ˆ la IIIe RŽpublique et aux Žlecteurs et candidats qui ont vŽcu la pŽriode du Front populaire et la seconde guerre mondiale (avec ses sŽquelles internes nationales et locales). Ils sont aussi les acteurs des luttes politiques de la IVe RŽpublique.

La troisime (G3), nŽe un peu avant la guerre de 1940 ou pendant, a subi l'Occupation et les difficultŽs Žconomiques des lendemains, les problmes de la dŽcolonisation plus tardivement, les diverses influences politiques par l'intermŽdiaire du milieu familial. Son vote ne se manifestera qu'ˆ partir de 1956 et surtout 1958. Cette premire cohorte, correspondant ˆ une classe creuse, subira de plein fouet les Žvnements d'AlgŽrie, d'o le double vote quelque peu contradictoire  de 1956 et 1958, mais psera en rŽalitŽ assez peu quantitativement lors de ces Žlections.

Dans les annŽes 1956-1974, trois gŽnŽrations (G1, G2, G3), aux modes de vie et de patrimoine diffŽrents, mais formŽes dans le cadre familial catalan et d'instruction publique propre ˆ ces pŽriodes, se manifestent lors des votes.

Ë partir de 1968, la nouvelle gŽnŽration des votants (appartenant toujours ˆ G3 mais lŽgrement dŽcalŽe dans le temps du fait de la guerre et correspondant au "baby-boom")  a connu l'amŽlioration gŽnŽrale du niveau de vie, conna”t le plein emploi, et est plus ouverte aux contacts extŽrieurs. Elle est concomitante d'une rŽvolution culturelle libŽrale, correspondant au dŽveloppement d'une instruction de masse sans prŽcŽdent (1).

La quatrime gŽnŽration (G4), fortement influencŽe par le marchŽ Žconomique et la "pub" comme relais, est surtout marquŽe par les problmes de l'emploi et le dŽclin des idŽologies. Sa rŽaction politique et ses choix ne seront rŽellement perceptibles qu'ˆ partir de 1980-85.

Une  cinquime gŽnŽration (G5) ne  commencera ˆ voter qu'ˆ partir des annŽes 2000-2002. 

Mais le fait dominant est l'augmentation des personnes du troisime ‰ge depuis 1974-1975. Elle se traduit sans doute par une ŽlŽvation moyenne des votes conservateurs de 30-35 % avant 1975 ˆ 40-45 % aprs cette date, et l'apparition des voix du Front national ˆ partir de 1984 (10-15 %). CorrŽlativement le pourcentage des voix de gauche dŽcro”t depuis 1975, mme s'il se maintient ou dŽpasse 50 %, plus du fait de la crise du ch™mage dans l'ensemble du dŽpartement que de convictions rŽelles de la part des jeunes (mme l'Žcologie, idŽologie nouvelle trans-partis, ne constitue pas une attraction irrŽsistible). Ainsi les bons scores des candidats du PS ne sont dus qu'ˆ de vieux Žlecteurs encore fidles (dont le nombre se rarŽfie annŽe aprs annŽe) et un transfert d'Žlecteurs qui votaient avant pour le PCF (sans y avoir ŽtŽ adhŽrents), voire en furent les candidats lors d'Žlections municipales ou lŽgislatives.

La moyenne des inscrits de 1992 ˆ 2002 est de 3839, chiffre lŽgrement infŽrieur du nombre des inscrits en 1945, soit en 57 ans.

 

2 - Critre Žconomique :

 

            L'Žtude prŽcise de l'Žvolution Žconomique de Banyuls reste ˆ Žcrire et demeure naturellement indispensable ˆ la comprŽhension des rŽsultats Žlectoraux, c'est du moins ce que peut penser l'historien qui se rŽfre au matŽrialisme historique comme outil de rŽflexion.  Le but de ce travail demeurant plus modeste, nous survolerons, faute des donnŽes nŽcessaires,  la rŽalitŽ qui lie naturellement la commune ou l'encha”ne ˆ l'Žvolution gŽnŽrale du dŽpartement, du pays dans son ensemble, ˆ l'intŽgration europŽenne et in fine au r™le des multinationales .

            La population Žlectorale suit, plus par instinct que consciemment, ses leaders politiques locaux et dŽpartementaux (du moins pour la population d'origine)avec lesquels se tissent des liens d'intŽrts et d'amitiŽs.

            Cette premire pŽriode co•ncide avec l'acceptation du prt-bail amŽricain, du Plan Marshall, de l'adoption d'une Žconomie de marchŽ (avec des entreprises de type coopŽratives et mi-nationalisŽes), des nationalisations de certaines grandes entreprises, du contr™le des prix. Cette pŽriode dite de la "troisime force" (ni communisme, ni libŽralisme) s'Žtend de 1947 ˆ 1955. C'est aussi celle de l'isolement du PCF et de sa plus forte divergence avec les socialistes.

            En 1957-58 l'Žconomie franaise est en bonne voie comme en tŽmoignent les rŽalisations et la croissance, comme le plein emploi assurŽ. Cette politique Žconomique sera rigoureusement poursuivie, voire amplifiŽe dans certains secteurs (agriculture, industrialisation, grands travaux) sous la conduite des gouvernements du gŽnŽral de Gaulle, qui n'innovent pas rŽellement par rapport ˆ leurs prŽdŽcesseurs (qui sont souvent d'ailleurs les mmes ministres). Au plan dŽpartemental il n'y aura gure de discontinuitŽ politique de 1947 ˆ 1983, annŽe o les votes s'Žcarteront le plus de ceux du nord et de l'est du pays (vieux clivage langue d'oc, langue d'o•l).

            Avec POMPIDOU, puis GISCARD D'ESTAING, l'Žconomie de marchŽ et l'extension des rgles du MarchŽ commun, comme les renouvellements dans l'industrie, entra”neront des consŽquences sur l'emploi et les possibilitŽs de reconversions. Les consŽquences en seront inŽgales selon les rŽgions, frappant surtout le monde rural (Bretagne, Languedoc-Roussillon, Corse). La construction immobilire et l'extension du tourisme, l'inflation, compenseront en partie les reconversions compensatrices et les paiements jusqu'en 1972.

            Ë partir de cette Žpoque, plusieurs ŽlŽments indŽpendants interviennent: la nŽcessitŽ de rŽduire l'inflation vis-ˆ-vis de nos partenaires europŽens, nos paiements en dollars dans le cadre des Žchanges internationaux (notamment pŽtroliers), l'arrivŽe sur le marchŽ du travail de la gŽnŽration G4 alors qu'une main-d'Ïuvre Žtrangre (principalement d'origine maghrŽbine et africaine de langue franaise, issue des anciennes colonies) a ŽtŽ massivement recrutŽe dans les annŽes antŽrieures.

            Le dŽbat politique se rŽduit ˆ une bipolarisation, entre plus de socialisme ou plus de libŽralisme et de rigueur. Cela se traduit d'un c™tŽ par l'Žlaboration du Programme commun et l'union de la gauche (associant PS+PCF) conduisant ˆ la situation Žlectorale de 1974, d'un autre c™tŽ par une coalition libŽrale et "gaulliste" (UDF+RPR) qui se concrŽtise lors de l'Žlection prŽsidentielle de 1974. Celle-ci viendra trop t™t pour la gauche, compte tenu de la crise Žconomique qui ne fait que commencer.

            Banyuls n'Žchappe pas au climat gŽnŽral: crise au centre HŽliomarin, ˆ l'usine Nobel de Paulilles, prix de revient du banyuls, crŽation d'emplois limitŽe. c'est donc trs logiquement qu'une liste d'union de la gauche remporte les municipales (1977), tandis qu'au Conseil gŽnŽral le prŽsident sortant (LŽon-Jean GREGORY) n'est rŽŽlu qu'au bŽnŽfice de l'‰ge sur son concurrent communiste (AndrŽ TOURNƒ) (2).

            L'alerte est claire, mais le tocsin ne sonnera qu'en 1981 avec l'Žlection de Franois MITTERRAND, et avec une majoritŽ absolue socialiste lors des lŽgislatives.

            Remarquons qu'entre 1945 et 1971 les votes communistes, socialistes et radicaux, correspondent ˆ des Žlecteurs "traditionalistes", mais qu'ˆ partir de l'approfondissement de la crise Žconomique, ˆ leurs votes plus motivŽs idŽologiquement s'ajouteront ou non de nouveaux jeunes Žlecteurs qui s'appuient moins sur des considŽrations idŽologiques que pragmatiques.

            Le nouveau gouvernement "tripartite" (PCF, PS, MRG) rappellera ˆ certains l'annŽe 1945-46, notamment par l'importance des nationalisations, mais aussi son ŽphŽmre durŽe

            Les mmes causes produisant les mmes effets, la poursuite de la politique ou si peu radicalement diffŽrente de celle de Raymond BARRE (les contraintes Žconomiques demeurant inchangŽes) va dŽcevoir les nŽophytes du socialisme dŽmocratique triomphant. Le PCF n'est plus entendu par les jeunes qui veulent voir le couple libertŽ-socialisme indissolublement liŽ (mais est-ce raisonnable?). Couplet dont sait jouer admirablement MITTERRAND, et derrire lui le PS.

            Les nationalisations cožteront cher sans apporter d'amŽlioration notable aux divers problmes posŽs.

            La sidŽrurgie lorraine ne sera pas plus sauvŽe par Laurent FABIUS que ne le sera Paulilles par Charles HERNU.

            L'effondrement du PCF (ou pour le moins sa stagnation) qui paie, entre autres choses, sa participation et son soutien ˆ un gouvernement de rigueur budgŽtaire sans amŽlioration des chiffres du ch™mage, intervient lors des europŽennes de 1989 (3,88% des inscrits et 7,88 % des suffrages exprimŽs ˆ Banyuls, comme au plan national, malgrŽ la compŽtence et la jeunesse de la tte de liste). Si la critique du capitalisme faite par Karl MARX ne peut tre contestŽ dans son analyse, elle a subi un double Žchec et dans sa projection d'une paupŽrisation accrue dans les pays capitalistes en sous estimant ses possibilitŽs d'adaptation  au corps social, et dans ses applications dans les pays socialistes (3).

            Le score de 2002, certes sans appel, d'un PrŽsident au dessus de la mlŽe, est une carte forcŽe face ˆ des candidats divisŽs dont on attend peu pour une restauration du plein emploi (CHIRAC  n'a-t-il jamais vu la <<sortie du tunnel>> qu'il nous avait annoncŽe). On peut tout craindre de leur fuite en avant libŽrale, et pour les acquis sociaux. Les leaders "socialistes" qui semblent plus prŽoccupŽs de leur propre avenir que de leurs concitoyens. Le Front national, ŽgarŽ par ses mythes (4), et profite des erreurs et de l'inertie dans certains domaines des gouvernements successifs. Les Žcologistes posent de vrais problmes, mais leurs solutions impliquent trop de changements techniques et psychologiques ˆ court terme. Voilˆ bien de quoi dŽstabiliser les convictions politiques des Žlecteurs, s'ils en ont encore, comme semblent le manifester les taux d'abstentions qui ne cessent de cro”tre (moyenne des 2 tours: 28,86 % aux lŽgislatives de 1988; 35,5 % en 2002) et les recours corporatistes ou communautaires.

 

3 - Critre historique (5) :

           

Les pŽriodes que l'on peut tenter d'identifier tout au long de ces cinquante-sept annŽes ne co•ncident pas obligatoirement avec celles dŽfinies par les critres prŽcŽdents.

            Les ŽvŽnements internationaux et les hommes peuvent imprimer leurs propres marques politiques, chacun d'entre nous ayant rŽagi, parfois diffŽremment, ˆ ceux-ci en fonction des informations dont il dispose (6).

            La pŽriode de l'Occupation de 1940 ˆ 1944 introduit une solution de continuitŽ qui n'aura qu'une faible incidence politique ˆ Banyuls, comme dans le dŽpartement, puisque les Žlus antŽrieurement ˆ cette triste pŽriode reviennent aux affaires.

            Le Parti radical sort Žlectoralement affaibli dans le dŽpartement, tandis que les communistes devancent les socialistes de É2 voix le 21 octobre 1945.

            Le problme de l'Žvolution politique dans l'Empire (terme remplacŽ par celui d'Union franaise) et la rupture avec l'URSS et les pays de l'Est (Guerre froide fin 1947) vont constituer des ŽvŽnements majeurs qui compliqueront les relations entre les partis de gauche. La rupture du "tripartisme" inaugurŽe en juin 1946 est consommŽe avec la rŽsiliation des fonctions des ministres communistes en juin 1947. Ce fait isole totalement le PCF du reste de la communautŽ nationale (guerre d'Indochine, Plan Marshall, Guerre froide entre l'Est et l'Ouest).

            La seconde pŽriode (dite de "troisime force") va de cette annŽe 1947 ˆ 1956 avec la victoire Žlectorale du Front rŽpublicain (avec le soutien sans participation du PCF). Sous la direction de G. MOLLET, la nouvelle majoritŽ, Žlue pour mettre un terme ˆ l'insurrection algŽrienne et donner un nouveau statut aux trois dŽpartements d'AlgŽrie, Žchouera ˆ faire admettre par le FLN le programme "cessez-le-feu, Žlection, nŽgociation". Le Parti Socialiste subit alors une crise sŽrieuse avec la crŽation du Parti socialiste autonome par A. SAVARY (7) et E. DEPREUX, la dŽsaffection des jeunes conscrits.

            Le maintien de l'ordre s'Žternisant il conduira ˆ la troisime pŽriode d'instabilitŽ maximale aboutissant au rappel du gŽnŽral de Gaulle, au rŽfŽrendum constitutionnel de 1958 qui met en place les institutions de la Ve RŽpublique.

            La quatrime pŽriode pourrait tre bornŽe par l'Žlection prŽsidentielle de 1965, qui voit la conjonction, contre les conceptions gaullistes, ˆ la fois d'une union de la gauche en voie de formation et des centristes partisans de la supranationalitŽ et de l'atlantisme. Elle se termine par le dŽpart de De GAULLE lors du rŽfŽrendum de 1969.

            La cinquime pŽriode correspond par un monde gelŽ ˆ l'Est et de mise en place d'une politique de libre-Žchangisme ˆ l'Ouest, de dŽveloppement industriel d'abord volontariste puis libŽral par la suite. La conversion des "gaullistes" comme du PS ˆ l'intŽgration europŽenne et ses contraintes sera rŽalisŽe lors du Conseil europŽen de Luxembourg avec l'adoption de l'Acte unique en dŽcembre 1985, puis du rŽfŽrendum sur le traitŽ de Maastricht en 1992. Elle sera fortement marquŽe par les modifications des rŽgimes politiques ˆ l'Est (ˆ partir de la chute du mur de Berlin en 1989); l'URSS qui implose en plusieurs rŽpubliques ˆ Žconomie libŽrale, comme dans les anciens satellites.

            Les consŽquences en seront fatales pour le PCF lors des Žlections lŽgislatives de 1993 avec 4,33 % des inscrits et 6 % des S.E, alors qu'en 1986 il faisait encore 9,67 % des inscrits et 12,79 % des S.E. ˆ Banyuls.

 

4 - Critre sociologique :

 

            La communautŽ banyulencque est ˆ l'image de celle du pays. Elle a subi les mmes influences et ne se distingue pas d'une manire notable par ses rŽsultats Žlectoraux comparŽs ˆ ceux de la mŽtropole.

            Comme on peut le constater dans les tableaux pour chacune des Žlections (68 au total depuis 1945), les diffŽrences sont minimes et gŽnŽralement explicables.

            La description de l'Žvolution sociologique en France de 1945 ˆ 2002 peut s'appliquer ˆ la commune. Les modes de vie suivent ceux du pays, influencŽs par les progrs technologiques et leur diffusion dans les foyers (transistors, machines ˆ laver, tŽlŽvisions, automobiles) et les Žvolutions sociales (sŽcuritŽ sociale, scolarisation, lois sociales, urbanisation)

            La flche du temps allant dans le sens d'une plus grande libertŽ individuelle, et l'infrastructure conditionnant les mentalitŽs, celles-ci doivent se traduire t™t ou tard dans l'expression politique.

            La premire pŽriode de 1945 ˆ 1972 correspond aux deux premires gŽnŽrations, plus la premire cohorte de la troisime. Les comportements Žlectoraux demeurent traditionnels, l'ensemble du groupe familial votant d'une manire homogne, comme le rŽvle par exemple le panachage des bulletins lors des municipales de 1971.

            La seconde ne dŽbute qu'aprs 1968, avec comme nouveautŽ le vote de la seconde cohorte de la troisime gŽnŽration ˆ laquelle s'associe la prŽcŽdente, sous l'effet de souffle d'un vent libertaire. Elle conna”tra son point culminant avec l'Žlection de Giscard d'Estaing en 1974 bien que Mitterrand soit largement majoritaire ˆ Banyuls (51,05 % des inscrits et 61,53 % des S.E.).

            La troisime pŽriode commence en 1981, dans l'ambigu•tŽ au mieux et la tromperie au pire, puisque l'enjeu des Žlections Žtait entre la propagation de "l'American way of life" et un dŽveloppement de l'individualisme par le libŽralisme ou, ˆ l'opposŽ, l'adhŽsion ˆ un modle de type "socialiste", mais sans les contraintes que celui-ci implique nŽcessairement. La construction europŽenne et le dŽveloppement des multinationales mettront vite fin (1983) ˆ une politique dite socialiste (8) au profit d'une social-dŽmocratie qui n'ose pas dire son nom (9) et qui ne pouvait qu'entra”ner progressivement dans sa chute le Parti communiste franais.

            Manifestement les clivages ne sont plus entre les partis, mais passent ˆ l'intŽrieur de chacun d'eux comme le dŽmontrent  amplement les divisions en tendances (pudiquement dŽnommŽes "courants") dans chacun d'eux. Les marges de manÏuvre ne cessent de se rŽtrŽcir face aux problmes de notre temps, notamment les contraintes imposŽes par l'Union europŽenne, le flux des capitaux ˆ l'Žchelle mondiale, la perte de l'identitŽ nationale, l'insuffisante intŽgration des immigrŽs. Autant d'interrogation sur la spŽcificitŽ franaise et l'Žvolution actuelle et future  de la nation (10).

            La dŽmonstration  est  en partie  apportŽe par les progrs fulgurants du FN, absent lors des Žlections de 1981, et obtenant en 1988 11,70 % des inscrits et 14,73 % des S.E. ˆ Banyuls, commune dans laquelle il n'y a pas de problme d'immigration, voire mme une communautŽ d'origine espagnole et catalane non nŽgligeable. Ceci permet de mesurer l'influence des mŽdias sur les motivations de vote, comme dŽsormais en ce qui concerne les inquiŽtudes nŽes de l'immigration clandestine (11), qui rappelle le temps de l'irraisonnŽe "grande peur" sous la RŽvolution franaise.

            La dernire pŽriode  n'est  peut-tre que la continuitŽ de la prŽcŽdente du fait de la permanence des mmes problmes (ch™mage qui perdure depuis les annŽes 75-80), fermetures et restructurations des entreprises, problmes sŽcuritaires, cohabitations ˆ rŽpŽtition qui troublent les repres de la responsabilitŽ.

            Les classifications idŽologiques des partis, Žtablies en 1956 par Jeanne HERSH (12), cohŽrentes jusque-lˆ, ont ŽtŽ mises ˆ mal par les rŽalitŽs comme l'a parfaitement illustrŽ l'alternance politique de ces vingt dernires annŽes.

S'il para”t audacieux d'Žvoquer la fin de l'Histoire comme l'affirme M. FUKUYAMA, une redistribution des cartes politiques, vŽritable jeu des Sept Familles ˆ connotations claniques, semble se constituer (13). L'apparition sur la scne politique des Žcologistes (14), des chasseurs, des extrmes gauches, d'un mouvement d'extrme droite qui perdure, d'un abstentionnisme et de votes blancs/nuls ˆ arithmŽtique variable selon les types d'Žlection, dŽmontre une dŽsaffection, ou plus prŽcisŽment d'un dŽsarroi, des Žlecteurs vis-ˆ-vis des partis traditionnels. Ces partis incapables de s'imposer face aux rŽalitŽs actuelles (technologiques et financires) se rŽfugient, soit dans un archa•sme (les extrmes de gauche et de droite), soit en chapelles qui ont du mal ˆ maintenir leur unitŽ (la gauche traditionnelle comme la droite). La dŽmonstration peut tre faite lors des prŽsidentielles de 2002, pour lesquelles le nombre des candidatures appara”t exagŽrŽ (et c'est un euphŽmisme). Les abstentions ŽlevŽes et les rŽsultats obtenus traduisent, dans l'esprit des Žlecteurs, leur non confiance dans les reprŽsentants des partis dŽmocratiques au pouvoir (suite ˆ Maastricht et ˆ la mondialisation) (15), comme leur rŽponse insuffisante aux besoins rŽels des citoyens. Des mouvements inorganisŽs qui refusent toute adhŽsion ˆ l'un des partis politiques traditionnels constituent dŽsormais une force, certes dŽsordonnŽe, mais peut-tre irrŽsistible en Žmergence. Peuvent-ils cependant faire craquer la sociŽtŽ dans son ensemble, ou aiguillonner les responsables politiques  comme le cro”t son porte-drapeau charismatique qu'est JosŽ BOVƒ (16), qui se situe en partie entre ces non-organisŽs et les Žcologistes. Il semble qu'ˆ la "bande des 5" (PCF, PS, UDF, RPR, FN) une recomposition nouvelle se constitue en fonction, d'une part des gŽnŽrations (G3 et G4), et d'autre part du rapport entre ch™meurs  et actifs ou retraitŽs, constellation ˆ gauche sous forme de nŽbuleuse associŽe ˆ des mouvements associatifs et citoyens, conservateurs-rŽformistes des centre droit et gauche, extrme droite toujours marginalisŽe mais qui maintien son Žlectorat.

La situation franaise n'est pas sans inquiŽter comme le rŽvle la polŽmique engagŽe sur "le dŽclin" in "Le Monde du 9/9/2003 et suiv., et par N. BAVEREZ et B. MARIS (17). Cependant, Jacques MARSEILLE ( professeur ˆ la Sorbonne, directeur de l'Institut d'histoire Žconomique et sociale) conteste, ˆ partir de faits Žtablis, le pessimisme des auteurs prŽcitŽs (18).

La commune de Banyuls se diffŽrencie peu de la politique nationale. Lors des votes des annŽes 1945-l956 qui reposaient sur une forte opposition gauche-droite de tradition, en relation avec les structures familiales (19), ce dualisme se maintient toutefois jusqu'ˆ nos jours avec une moindre discipline d'un Žlectorat plus contestataire et plus versatile. PostŽrieurement ˆ 1974 les votes ˆ Banyuls tendent ˆ se confondre ˆ ceux de la mŽtropole dans son ensemble.

           

            L'auteur avait pour but de fournir le tableau le plus complet possible des Žlections ˆ Banyuls-sur-Mer, d'en dŽcrire le contexte et de fournir quelques pistes de rŽflexions tout en  rappelant brivement l'Žvolution politique nationale. Ayant plus ou moins bŽnŽficiŽ des confidences des acteurs de la vie politique locale, certains pourront contester, non les donnŽes formelles, mais les interprŽtations et les remarques qu'ils auront tout loisir de corriger dans le sens qui est le leur. Que le lecteur veuille bien excuser les erreurs, assurŽment involontaires, qu'il pourra relever dans le texte et en avertir l'auteur en vue d'une version ultŽrieure dŽfinitive sur site internet.

           

Mes remerciements vont ˆ Mesdames Dolors PALLOT, Claudine SERRALONGUE, et Monsieur Fabrice MINES pour l'accueil qu'ils ont bien voulu me rŽserver en mairie. Je ne saurai assez remercier Monsieur GŽrard LEVANO, notre concitoyen, pour la relecture attentive du manuscrit, et Monsieur et Madame PICARD-FRISCH pour la partie graphique.

 

Notes annexes :                                                                                           

(1) Une analyse socio-culturelle de cette classe d'‰ge qui jouera un r™le important, mais peu Žlectoralement parlant, lors des ŽvŽnements de mai 1968, est donnŽe par Jean-Franois SIRINELLI (op. cit., 2003).

(2) Louis MONICH a rapportŽ avec exactitude et brio l'histoire de cette Žlection "rocambolesque" (op. cit., 1996)

(3) Cf. Alain MINC: Les prophtes du bonheur. Edit. Grasset (2004).

(3) Correspondant par analogie avec la biologie ˆ la thŽorie fixiste. Ses membres sont des nŽgationnistes de l'ƒvolution et du Transformisme en Histoire (ce qui de ma part ne comporte pas de jugement de valeur sur le sens de l'histoire, la prŽsente Žtude Žtant un exposŽ factuel).

(4) Pris dans le sens des dŽcisions politiques face ˆ la division du monde en deux blocs hostiles.

(5) Cf. GŽrard CHALIAND & Jean LACOUTURE: Voyage dans le demi-sicle. Edit. Complexe (2001).

(6) Cf. Maryvonne PRƒVOT: Alain Savary. Le refus en politique. Edit.La Renaissance du Livre (2003).

(7) Socialisme = collectivisation des moyens d'investissement, de production et d'Žchange. Il n'y a donc pas de diffŽrence dans la finalitŽ entre les partis socialiste et communiste, sinon dans les mŽthodes pour y parvenir et l'ampleur des nationalisations (garantes de l'ŽquitŽ vis-ˆ-vis des services publics pour les citoyens, de la planification et l'amŽnagement du territoire, de l'Žducation et de la garantie de la la•citŽ, de l'environnement, de la fiscalitŽ, des droits sociaux).  Le congrs d'Alfortville (1969) du Parti socialiste rŽaffirmait intŽgralement ces moyens comme les bases indispensables du socialisme, consŽcutives ˆ une prise dŽmocratique du pouvoir. Au Congrs d'ƒpinay-sur-Seine (juin 1971) F. MITTERRAND s'empare du PS pr™nant encore une "rupture avec le capitalisme" (il est bien connu que les congrs du PS se gagnent par une logomachie de gauche comme cela est abondamment dŽmontrŽ). Le virage social-dŽmocrate, dans les faits depuis 1982-83, est affirmŽ dans la "quasi-clandestinitŽ" lors du Congrs de l'Arche de la DŽfense (1991) par son compromis avec le capitalisme. Un ab”me sŽpare celui qui mime avec son chapeau LŽon BLUM (Cf. son adresse ˆ la jeunesse: Pour tre socialiste. Edit.: Editions de la LibertŽ, 1944); texte qui justifie avec une grande clartŽ l'intemporalitŽ de la doctrine socialiste.

(8) Cf. Daniel BLUME & al.: Histoire du rŽformisme en France depuis 1920. Editions Sociales (1976).

(9) Cf. Jean-Marie ROUART: Adieu ˆ la France qui s'en va. Edit. Grasset (2003), et commentaires in "Le Point" N¡ 1614 du 22/8/2003.

(10) Cf. Les nouvelles filires de l'immigration clandestine in "La Semaine du Roussillon" N¡356 du 13-19/02/2003. Ce type d'immigration incontr™lŽe doit tre distinguŽ de celui d'origine coloniale.

(11) Historienne suisse, spŽcialiste en science politique: IdŽologies et rŽalitŽ. Edit. Plon (1956).

(12) Cf. Jacques JULLIARD: Le GŽnie de la libertŽ. Edit. Seuil (1990).

(13) Cf. Guillaume SAINTENY: L'introuvable Žcologisme franais. Edit. PUF (2000). Thse trs Žclairante sur les votes et fluctuations au sein de la mouvance Žcologique, ses  succs et ses Žchecs.

(14) Monsieur Pierre LLAU (Professeur d'Žconomie ˆ l'UniversitŽ Paris X-Nanterre, notre concitoyen banyulenc, souligne "que de nouveaux agents que sont les groupes multinationaux (groupes industriels et financiers internationalisŽs), aprs avoir concurrencŽ les ƒtats nations tendent ˆ s'y substituer". In Dictionnaire d'Žconomie. Edit. Sirey/Dalloz (2 me Ždit., 2002, en coll., p.55-63). L'ƒtat national se recentre sur ses grandes fonctions rŽgaliennes, abandonnant ce qui avait constituŽ l'exception franaise depuis 1945. Ainsi la mutation majeure que semble vouloir imposer la nouvelle majoritŽ, sous la direction de J. CHIRAC et son Premier ministre J.-P. RAFFARIN, pourrait constituer les prŽmisses (Žvolution dŽjˆ amorcŽe sous les gouvernements "socialistes") d'une nouvelle pŽriode. DŽstructuration des services publics, autonomie d'euro-rŽgions, systmes plus contractuels et mutualistes que nationaux.

(15) Porte-parole de la ConfŽdŽration paysanne. Si sur le problme des OGM ses prises de positions et plus encore d'activisme sont contestables (notamment lors de la destruction d'un laboratoire scientifique travaillant sur les effets d'organismes transgŽniques), celles sur le futur contenu de la Constitution europŽenne expriment la pensŽe certainement du plus grand nombre de nos concitoyens qui souhaitent en conna”tre le contenu et se prononcer en toute connaissance. Cf. Vers une Constitution europŽenne. Texte commentŽ du projet de traitŽ Žtabli par la Convention europŽenne. Edit. 10/18 (2003).

(16) Cf. N. BAVEREZ: La France qui tombe". Edit.Perrin (2003), et Bernard MARIS: Antimanuel d'Žconomie. Edit. BrŽal (2003).

(17) Jacques MARSEILLE: La guerre des deux France. Celle qui avance et celle qui freine. Edit. Plon (2004).

(18) Cf. Emmanuel TODD (op. cit., 1988).

 

Notes complŽmentaires :

1-         LŽon-Jean Gregory (1), nŽ le 1er novembre 1909, est dŽcŽdŽ le 22 octobre 1982. Il a marquŽ le dŽpartement par sa forte personnalitŽ, son labeur incessant pour ses administrŽs et son dŽpartement.

            Conseiller municipal en 1935 sous Louis NOGUéRES, suspendu par la loi du 14 novembre1940 par le gouvernement de Vichy, il participera au maquis des CŽvennes il sera de nouveau membre de la commission municipale nommŽ par le gouvernement provisoire de la RŽpublique franaise.

            En 1945 il devient Conseiller gŽnŽral du canton de Saint-Paul-de-Fenouillet sous l'Žtiquette du Parti Socialiste SFIO, et 1er adjoint du Maire Louis NOGUéRES ˆ la mairie de Thuir. Il sera rŽŽlu au Conseil gŽnŽral en 1956, o il devient Vice-PrŽsident sous la prŽsidence de Jean JACQUET

            En 1947 il devient maire de Thuir et le restera jusqu'ˆ sa mort.

            ƒlu SŽnateur SFIO des PyrŽnŽes-Orientales en 1948, il sera rŽŽlu en 1952, 1958, 1965 et 1974.

            En 1953 il est PrŽsident fondateur de l'UDSIS, en 1963 PrŽsident de l'Association des maires du dŽpartement . En 1964 Vice-PrŽsident de la Commission de DŽveloppement ƒconomique du Conseil rŽgional. PrŽsident de la S.E.M.E.R en 1972.

            Il aura jouŽ un r™le capital lors de l'acquisition par le Laboratoire Arago du Grand H™tel, structure indispensable pour l'accueil des Žtudiants (de 10 000 nuitŽes ˆ l'origine ˆ maintenant prs de 20 000 en 2002. Ainsi que lors de la crŽation de la premire RŽserve marine en France en assurant gr‰ce au Conseil gŽnŽral la gestion de cet organisme. Ceux qui l'ont connu se souviennent de l'homme toujours accueillant et ˆ l'Žcoute de ses concitoyens.

 

2-         Alain DUHAMEL (2), Žditorialiste et journaliste spŽcialisŽ dans les questions politiques, tente d'expliquer, ˆ la suite des auteurs prŽcitŽs, s'il y a dŽclin ou dŽsarroi de la sociŽtŽ franaise (3). L'auteur fait une description rŽaliste de la situation franaise comme de la construction europŽenne qui ne prtent gure ˆ l'optimisme. Le clivage traditionnel gauche/droite des Žlectorats s'il perdure, ne correspond qu'imparfaitement ˆ ce qui distingue la gauche de gouvernement de la droite de gouvernement. 

Le clivage le plus important correspond ˆ celui qui sŽpare l'extrme droite de la droite dŽmocratique.

L'extrme gauche idŽologique de LAGUILLER ou de BESANCENOT comprend un Žlectorat plus protestataire que rŽvolutionnaire, ˆ l'exception des militants encartŽs. Ils bŽnŽficient lors des scrutins des dŽus des partis de la gauche traditionnelle et de militants des mouvements tiers-mondialistes (qui s'affirmeront lors du Forum Social europŽen en novembre 2003) (4). Pour certains auteurs l'extrme gauche ne constitue pas un quatrime p™le du fait de l'instabilitŽ de cet Žlectorat. De ce fait on serait en situation d'une "tripartition": gauche, droite dŽmocratique et extrme droite. Les Žlections de 2004 devraient confirmer ou non cette opinion.

 

Notes annexes:

(1) Pour suivre son parcours Žlectoral, on se rŽfrera ˆ l'ouvrage de Roger BERNIS (op. cit., 1984).

(2) Cf. Alain DUHAMEL: Le dŽsarroi franais. Edit. Plon (2003).

(3) Cf. Jacques JULLIARD: Quand Duhamel cogne É In "Le Nouvel Observateur", N¡2042-2043 du 24/12-7/1/2004.

(4) Cf. "Le Monde" des 11 au 18/11/2003.

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